Me voilà revenu de ce voyage sombre,
Où l'on n'a pour flambeaux et pour astre dans l'ombre
Que les yeux du hibou ;
Comme, après tout un jour de labourage, un buffle
S'en retourne à pas lents, morne et baissant le mufle,
Je vais ployant le cou.

Me voilà revenu du pays des fantômes,
Mais je conserve encor, loin des muets royaumes
Le teint pâle des morts.
Mon vêtement, pareil au crêpe funéraire
Sur une urne jeté, de mon dos jusqu'à terre
Pend au long de mon corps.

Je sors d'entre les mains d'une mort plus avare
Que celle qui veillait au tombeau de Lazare ;
Elle garde son bien :
Elle lâche le corps, mais elle retient l'âme ;
Elle rend le flambeau, mais elle éteint la flamme,
Et Christ n'y pourrait rien.

Je ne suis plus, hélas ! Que l'ombre de moi-même,
Que la tombe vivante où gît tout ce que j'aime,
Et je me survis seul ;
Je promène avec moi les dépouilles glacées
De mes illusions, charmantes trépassées
Dont je suis le linceul.

Je suis trop jeune encor, je veux aimer et vivre,
Ô mort... et je ne puis me résoudre à te suivre
Dans le sombre chemin ;
Je n'ai pas eu le temps de bâtir la colonne
Où la gloire viendra suspendre ma couronne ;
Ô mort, reviens demain !

Vierge aux beaux seins d'albâtre, épargne ton poëte,
Souviens-toi que c'est moi, qui le premier, t'ai faite
Plus belle que le jour ;
J'ai changé ton teint vert en pâleur diaphane,
Sous de beaux cheveux noirs j'ai caché ton vieux crâne,
Et je t'ai fait la cour.

Laisse-moi vivre encor, je dirai tes louanges ;
Pour orner tes palais, je sculpterai des anges,
Je forgerai des croix ;
Je ferai, dans l'église et dans le cimetière,
Fondre le marbre en pleurs et se plaindre la pierre
Comme au tombeau des rois !

Je te consacrerai mes chansons les plus belles :
Pour toi j'aurai toujours des bouquets d'immortelles
Et des fleurs sans parfum.
J'ai planté mon jardin, ô mort, avec tes arbres ;
L'if, le buis, le cyprès y croisent sur les marbres
Leurs rameaux d'un vert brun.

J'ai dit aux belles fleurs, doux honneur du parterre,
Au lis majestueux ouvrant son blanc cratère,
À la tulipe d'or,
À la rose de mai que le rossignol aime,
J'ai dit au dahlia, j'ai dit au chrysanthème,
À bien d'autres encor :

Ne croissez pas ici ! Cherchez une autre terre,
Frais amours du printemps ; pour ce jardin austère
Votre éclat est trop vif ;
Le houx vous blesserait de ses pointes aiguës,
Et vous boiriez dans l'air le poison des ciguës,
L'odeur âcre de l'if.

Ne m'abandonne pas, ô ma mère, ô nature,
Tu dois une jeunesse à toute créature,
À toute âme un amour ;
Je suis jeune et je sens le froid de la vieillesse,
Je ne puis rien aimer. Je veux une jeunesse,


About Theophile Gautier


Pierre Jules Théophile Gautier (August 30, 1811 – October 23, 1872) was a French poet, dramatist, novelist, journalist, and literary critic. While Gautier was an ardent defender of Romanticism, his work is difficult to classify and remains a point of reference for many subsequent literary traditions such as Parnassianism, Symbolism, Decadence and Modernism. He was widely esteemed by writers as diverse as Balzac, Baudelaire, the Goncourt brothers, Flaubert and Oscar Wilde. Towards the end of 1830, Gautier began to frequent meetings of Le Petit Cénacle, a group of artists who met in the studio of Jehan Du Seigneur. The group... Read more...

Poet of the day

Ethel Turner was an Australian novelist and children's writer.

Biography

Ethel Turner was born in Doncaster, Yorkshire, England on 24th January, 1872. She migrated to Australia with her widowed mother, older sister Lilian and step sister, Jeannie in 1880.

Educated at Sydney Girls’ High School, she and Lilian wrote stories...
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Poem of the day


Dugdraaben blinker paa Rosengreen;
Den tindrer, den zittrer af Glæde:
I mindste Dugperle, klar og reen,
Er Verdenssolen tilstede.

Sjæle er Draaber paa Livets Green;
De tindre, de zittre af Glæde:
I Sjælens Dugperle, klar og reen,
Er Verdensaanden tilstede.

Dugdraaben blinker et Øjeblik; Read more...