Vulnerant omnes, ultima necat.

La voiture fit halte à l'église d'Urrugne,
Nom rauque, dont le son à la rime répugne,
Mais qui n'en est pas moins un village charmant,
Sur un sol montueux perché bizarrement.
C'est un bâtiment pauvre, en grosses pierres grises,
Sans archanges sculptés, sans nervures ni frises,
Qui n'a pour ornement que le fer de sa croix,
Une horloge rustique et son cadran de bois,
Dont les chiffres romains, épongés par la pluie,
Ont coulé sur le fond que nul pinceau n'essuie.
Mais sur l'humble cadran regardé par hasard,
Comme les mots de flamme aux murs de Balthazar,
Comme l'inscription de la porte maudite,
En caractères noirs une phrase est écrite ;
Quatre mots solennels, quatre mots de latin,
Où tout homme en passant peut lire son destin :
' Chaque heure fait sa plaie et la dernière achève ! '

Oui, c'est bien vrai, la vie est un combat sans trêve,
Un combat inégal contre un lutteur caché,
Qui d'aucun de nos coups ne peut être touché ;
Et dans nos coeurs criblés, comme dans une cible,
Tremblent les traits lancés par l'archer invisible.
Nous sommes condamnés, nous devons tous périr ;
Naître, c'est seulement commencer à mourir,
Et l'enfant, hier encor chérubin chez les anges,
Par le ver du linceul est piqué sous ses langes.
Le disque de l'horloge est le chant du combat,
Où la mort de sa faux par milliers nous abat ;
La Mort, rude jouteur qui suffit pour défendre
L'éternité de Dieu, qu'on voudrait bien lui prendre.
Sur le grand cheval pâle, entrevu par saint Jean,
Les Heures, sans repos, parcourent le cadran ;
Comme ces inconnus des chants du Moyen Age,
Leurs casques sont fermés sur leur sombre visage,
Et leurs armes d'acier deviennent tour à tour
Noires comme la nuit, blanches comme le jour.
Chaque soeur à l'appel de la cloche s'élance,
Prend aussitôt l'aiguille ouvrée en fer de lance,
Et toutes, sans pitié, nous piquent en passant,
Pour nous tirer du coeur une perle de sang,
Jusqu'au jour d'épouvante où paraît la dernière
Avec le sablier et la noire bannière ;
Celle qu'on n'attend pas, celle qui vient toujours,
Et qui se met en marche au premier de nos jours !
Elle va droit à vous, et, d'une main trop sûre,
Vous porte dans le flanc la suprême blessure,
Et remonte à cheval, après avoir jeté
Le cadavre au néant, l'âme à l'éternité !


About Theophile Gautier


Pierre Jules Théophile Gautier (August 30, 1811 – October 23, 1872) was a French poet, dramatist, novelist, journalist, and literary critic. While Gautier was an ardent defender of Romanticism, his work is difficult to classify and remains a point of reference for many subsequent literary traditions such as Parnassianism, Symbolism, Decadence and Modernism. He was widely esteemed by writers as diverse as Balzac, Baudelaire, the Goncourt brothers, Flaubert and Oscar Wilde. Towards the end of 1830, Gautier began to frequent meetings of Le Petit Cénacle, a group of artists who met in the studio of Jehan Du Seigneur. The group... Read more...

Poet of the day

Giorgos or George Seferis was the pen name of Geōrgios Seferiádēs. He was one of the most important Greek poets of the 20th century, and a Nobel laureate. He was also a career diplomat in the Greek Foreign Service, culminating in his appointment as Ambassador to the UK, a post...
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Poem of the day


Beijar-te a fronte linda

Beijar-te o aspecto altivo

Beijar-te a tez morena

Beijar-te o rir lascivo

Beijar o ar que aspiras

Beijar o pó que pisas

Beijar a voz que soltas

Beijar a luz que visas

Sentir teus modos frios,

Sentir tua apatia,

Sentir até répúdio,

Sentir essa ironia,

Sentir...
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